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Vergennes et la politique étrangère de la France sous Louis XVI

Gimdolf_Fleurdelune | Publié lun 19 Juin - 15:43 | 3127 Vues

Le comte Charles Gravier de Vergennes (1717-1787), d'origine dijonnaise, pouvait mettre une connaissance approfondie de son métier et les plus solides qualités au service d'un caractère loyal. Employé dans le "secret" de Louis XV, puis ambassadeur à Constantinople et à Stockholm, il apprit dans la diplomatie officieuse le danger des intrigues de cour, dans la diplomatie officielle la connaissance de l'Europe. Il fut le dernier grand ministre de l'ancienne monarchie et son nom resta attaché à toutes les négociations diplomatiques qui préparèrent la guerre d'Amérique, en assurèrent le succès et dont le traité de Versailles (1783) fut la glorieuse conclusion.

On lui doit encore le renouvellement de l'alliance avec les cantons suisses au traité de Soleure (1777), le maintien de la paix européenne contre Joseph II au traité de Teschen en 1779 et enfin le traité de commerce avec l'Angleterre en 1780. 

Comme le duc de Choiseul, il voulait s'appuyer sur l'Espagne et maintenir la paix continentale afin de préparer la participation de la France à la guerre d'indépendance américaine.

Depuis 1775, les colonies anglaises en Amérique du Nord luttaient contre leur métropole afin de faire reconnaître leur indépendance, qu'elles avaient proclamé le 4 juillet 1776.

Leur cause était très populaire en France où ils avaient envoyé, pour la plaider auprès du roi, un de leurs plus illustres savants, Benjamin Franklin. Celui-ci fut reçu en particulier par Vergennes, auquel il proposa une alliance et qui adressa aussitôt à Louis XVI un rapport daté du 31 août 1776 où il démontrait tous les avantages d'une intervention.

Retenu par la prudence de Turgot, qui voyait dans la lutte de l'Angleterre contre ses colonies un moyen d'affaiblir cette rivale, Louis XVI ne donna d'abord aux colonies insurgés que des secours discrets : soit 2 millions de livres-tournois en 1777, des armes et des munitions qu leur faisait passer Beaumarchais, enfin l'épée de jeunes gentilshommes qui, brûlant du désir de venger les désastres de la guerre de Sept ans et enflammés aux idées de liberté proclamées par la déclaration d'indépendance américaine. A leur tête partirent l'amiral de Rochambeau et un jeune officier de 21 ans, le marquis de La Fayette, qui, pour servir en volontaire dans les rangs des insurgents, quitta sa jeune femme à la veille d'en avoir un fils.

Grâce aux efforts de Choiseul, poursuivis sous le règne de Louis XVI par Antoine de Sartine, secrétaire d'Etat à la Marine, des flottes furent bientôt prêtes à prendre la mer sur les principales rades et des vaisseaux en construction sur tous les chantiers ; les ordonnances de 1776 réorganisèrent l'administration navale. Le roi avait donné personnellement son encouragement à développer la Marine.

Durant cinq années, sous les amiraux d'Orvilliers, d'Estaing, de Grasse, La Motte-Picquet, Suffren, on allait voir des marins français affronter résolument les escadres anglaises.

A la vérité, l'impératrice Catherine II n'aimait pas la France mais désirait seulement s'en servir. Pour obtenir l'adhésion de Louis XVI à ses projets secrets contre la Turquie, elle envoya à Versailles, comme ambassadeurs officieux, le grand-duc Paul et son épouse.

Mais Vergennes, qui n'était pas dupe des sentiments de la Grande Catherine, ne prit aucun engagement.

Quand les troupes russes occupèrent la Crimée, en 1783, il chercha vainement à rétablir l'équilibre oriental par d'actives négociations. Il dut adhérer aux nouveaux agrandissements de la Russie au traité de Constantinople (1784).

La même année, le comte Louis Philippe de Ségur, ambassadeur auprès de la tsarine à Saint-Petersbourg, réussissait par son esprit à gagner ses bonnes grâces et prenait sur le terrain commercial une revanche de l'échec subi par la France sur le plan diplomatique. Le 11 janvier 1787, la France et la Russie signaient un traité par lequel les deux puissances s'accordaient mutuellement le régime de la nation la plus favorisée. C'était un échec pour les Anglais qui, depuis 1766, jouissaient dans les ports russes de privilèges exorbitants.

Le 14 février 1787, des troubles graves éclatèrent en Hollande où des patriotes prononcèrent la déchéance du stathouder Guillaume V à qui ils reprochaient une conduite ambigüe au cours de la guerre contre la Grande-Bretagne et ses accointances avec le bas peuple.

Le roi de Prusse, saisissant le prétexte d'une insulte faite à sa soeur la princesse Wilhelmine, épouse du stathouder, se déclara personnellement offensé et exigea réparation aux Etats généraux. Pour appuyer ses revendications, il rassembla 20 000 hommes en Westphalie.

Armand Marc Aurelle, comte de Montmorin, successeur de Vergennes, proposa la formation d'un camp à Givet pour encourager les patriotes hollandais ; mais, Calonne ayant été remplacé par Brienne le 20 avril, aucune suite ne fut donnée à ce projet. 

L'armée prussienne de Brunswick put intervenir en toute impunité le 12 septembre, réinstaller Guillaume V et lui faire restituer ses charges et privilèges par de nouveaux Etats, favorables à sa politique.

Aussitôt restauré, le stathouder signa avec la Prusse et l'Angleterre deux traités d'alliance (avril 1788) qui annulaient le traité de 1785.

La France était jouée.

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